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| Ayacucho, terrasse de l'auberge. |
Les laveurs de voitures brandissent leurs tuyaux d'arrosage à chaque conducteur de taxi, les "mamas" préparent les petits-déjeuners sur un bord de trottoir que les écoliers s'empressent d'engloutir sur le chemin, les bouchers exhibent fièrement les têtes de cochon dans la rue, les marchands de journaux accrochent les nouvelles du jour aux fenêtres abandonnées, ces vieilles dames posées à même le sol espèrent vendre leurs trois ananas et cinq oranges, au marché c'est l'ébullition des sons et des couleurs, les klaxons des mototaxis résonnent toujours sur les façades délabrées.
La vie quotidienne en somme.
Il est 7h15, je suis assis sur un muret et je contemple ces petites maisons faites de bric et de broc, de briques en terre séchée et de taule qui s'acrochent courageusement à la colline. Selon nos normes occidentales, nous les qualifierions de taudis insalubres. Et ça ne choquerait pas car objectivement c'est le cas.
La sécurité est inexistante, les fils électriques sont bricolés comme il se peut, l'eau courante n'est pas toujours présente, l'isolation rudimentaire. 15m2 peut-être, pour les plus grandes. Les facades repeintes aux couleurs des dernières élections.
Et pourtant la vie bouillonne et existe, en permanence.
Et ça me fascine toujours autant.
C'est dans ces pensées que je termine mon sandwich à l'avocat, réveillé par le "hé gringo" claquant de ce jeune péruvien.
Il est donc temps de mettre la machine en route, et très vite nous ne sommes que quatre. Moi, la route, le soleil de plomb et les cactus. Paysages surprenants à ces altitudes. Chez nous, on est sur l'arète de la Pointe Percée.
La journée est une longue montée par paliers. Quel pléonasme quand j'y pense. A t-on déjà vu une courte montée dans les Andes ? Il serait temps que je me résigne à reconsidérer de manière définitive mon échelle des représentations.
Les petits villages qui jalonnent ma progression sont autant d'oasis salvateurs où il est bon de s'arrêter pour faire une pause, discuter 5 minutes à l'ombre sur un banc en sifflant une "gaseosa" (soda) bon marché.
Le sucre ? La cocaïne liquide du cycliste junkie. Le début du labeur du pancréas endormi.
Après 75 km, le col est visible mais encore loin. Je plante la tente à 3700m au milieu des champs. Le ruisseau me berce et je sombre comme un bienheureux.
Le lendemain, la perspective du col qui s'annonce (ou bien serait-ce la nécessité de me réchauffer ?) me jette sur le vélo sans tarder.
J'ai toujours aimé les premières heures du jour.
Celles pleines de promesses bercées par les lumières douces et fragiles.
Se lever aux aurores a décidement bien des privilèges.
La vie est calme, le monde peut s'écrouler puisque les condors poursuivent leurs vols.
Au col, des étranges ruines, vestiges d'anciennes habitations commencées m'offrent un banc insolite.
La suite de la journée sera une énorme descente où, comme à chaque fois, je ne réponds plus de rien. Etre sur un vélo durant 40km, le museau à l'air comme les suricates, sans donner un coup de pédale, est pour moi une jouissance salvatrice.
Je trouverais une grange pour passer la nuit, et le propriétaire me gavera de papaye et me payera le restaurant et un coup d'alcool de cane pure.
J'ai décidemment plus d'affinités avec le poulet qu'avec l'homonyme de la femme de son copain de basse-cour.
L'alcool était-il frelaté ? Je ne pense pas. En tout cas mon estomac qui n'était déjà pas au mieux depuis quelques jours est encore pire au réveil. Je me sens neurasthénique, je n'avance pas. L'enchaînement des cols qui s'annonce finit de baisser le pavillon de mon moral. Les coups de trompette s'échappant des boutiques n"y feront rien. Je traîne ma carcasse comme un boulet. Je n'ai plus trop le goût pour manger. Aucune force. Je finirais la montée du col dans la cabine d'un camion, le vélo en vrac derrière sur le chargement :)
Petit moment unique à échanger avec le routier, bien sympa, qui a vécu 15 ans en Italie. On discute de nourriture (bluuurp, je suis malade j'ai dit...), et du trafic de cocaïne et d'or qui fait rage dans la région.
Petite intoxication alimentaire ? Sûrement....en tout cas je traînerais ça pendant 3jours. "Heureusement" un jour de temps pourri avec pluie, brouillard et col bouché à 4000m se présente. Après 2h d'attente de stop infructueuse, je me décide à sauter dans un petit bus pour rejoindre l'autre vallée, échapper au ciel menaçant et me refaire la cerise ( disons la mangue, pour faire local).
(Ce satané téléphone qui veut pas s'arrêter avec la pluie sur l'écran)
Je me suis résolu à aller à la pharmacie à Andahuayllas. Traitement de 3 jours contre la diarrhée et le bide. On verra bien !
Et ça a marché, yes ! Le lendemain, je me sens revivre, et mes forces rejaillissent en moi tel une rivière dont on aurait ouvert les vannes du barrage. Je ne le dis pas trop fort, mais ça semble aller vers le mieux.
Le juge de paix sera le col du jour.
Verdict en images :
L'énergie revenue a sans doute été mal dosée, et je profite donc du trop-plein perçu pour m'exercer à quelques figures de style amusantes dans la descente !
(Je vais essayer de la pivoter dans le bon sens)
Je file sur Carahuasi, capitale mondiale de l'anis. Je dégotte une chambre pas mal pour le prix (environ 5 euros). Dîner dans un petit boui-boui, dodo de bonne heure demain dernier col avant Cusco.
Je m'essaye à une nouvelle technique, que je valide avec joie.
J'arrive à Anta où je trouve un hostal vraiment miteux.
C'est fou comme c'est dégeulasse :) Il doit tenir le haut du tableau jusqu'à présent.
Je sors mon sac de couchage -10°C pour dormir à l'intérieur.
Plutôt avoir chaud que d'attraper un psoriasis couplé à un lupus érythémateux. Oui oui, c'est le genre de joyeusetés que je crains d'attraper en regardant l'état des draps et du dessus de lit !
C'est sans compter qu'on pourrait refaire les X-games d'hiver avec le matelas, puisque celui ci complètement déglingué et affaisé en son centre, ferait un half-pipe presque parfait.
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| Nooon, je ne veux pas mourir comme Claude François ! |
Il est donc 10h, on est lundi et je me trouve à une poignée de kilomètres de Cusco où je vais passer quelques jours. La capitale des Incas est mondialement connue, et je vais revoir des touristes, ça fait très longtemps.
Bien que je ne sois pas plus emballé que ça par ces civilisations ancestrales, je vais voir ce que je trouve à faire sur place.
Le Machu Pichu me direz-vous ! Hummm....pas sûr. Suite au prochain épisode.
Déjà trouver une laverie, je sens le fennec en décomposition. Et préparer la Bolivie.
Sinon, J'ADORE toujours autant lire vos petits messages d'encouragements, pensées, anecdotes, conneries en commentaires. Même si ça paraît être complètement anodin pour vous, moi je kiffe grave. Peu importe ce qui vous passe par la tête, ne soyez pas timides, même si c'est pour me raconter votre week-end :)
A plus,
Peace, love and lomo saltado.
Ju








































































































