lundi 21 novembre 2016

Sur le fil des frontières

La vie n'est que le rêve d'une ombre : je l'ai senti de nouveau ce soir avec intensité. Je ne m'aperçois moi-même que comme une apparence fugitive, comme l'impalpable arc-en-ciel qui flotte un instant sur la bruine, dans cette formidable cascade de l'être qui tombe sans relâche dans l'abîme des jours.
Henri-Frédéric Amiel

Bon, vu qu'il fait tellement froid que je ne peux pas écrire avec des gants, je me suis dit que c'était l'excuse parfaite pour ne pas avoir à revenir sur les 2 dernières semaines, et puis comme ça il me restera des trucs à raconter au retour.

Je mets donc un peu tout ce qui traîne et que je n'ai pas encore posté.
Après ma petite boucle de 3 jours au Chili, je repasse en Bolivie dans quelques heures. Je vais essayer de laisser le vélo quelque part et filer en bus à La Paz où Gaëlle arrive vendredi.

Nous serons vite mis dans le bain avec un départ au pied du plus haut sommet du pays, le volcan Sajama.

L'altitude, le froid, les conditions de piste difficile, le vent déconcertant, les ennuis gastriques et physiques ne sont définitivement pas une légende, même si je n'en avais jamais douté. Si nous arrivons à vaincre les salars et les lagunes la récompense devrait être à la hauteur.

Les derniers bivouacs d'altitude auront été aussi sublimes que glaciaux, je me dis que c'est pour éviter qu'ils ne fondent avec le temps et ainsi pouvoir mieux les ancrer en moi.

La satisfaction également d'avoir foulé mon premier 6000, sans aucun souci physique.

Toujours un grand merci pour tous vos petits mots, quel soutien indéfectible dans les moments plus difficiles.

Vamos, vamos, essayons d'attraper l'horizon et une part de nos rêves avant que le vent ne les efface.

A plus les loulous.
Suerte et manjar blanco,
Ju










































lundi 14 novembre 2016

Souvenirs souvenirs

Car j'avais adoré ce passage, je remets ici ce petit extrait déjà posté sur le blog de la NZ mais qui après mon passage sur l'Altiplano péruvien fait encore plus sens à mes yeux.

"Lorsqu'une silhouette surgit, elle occupe longuement notre mire au point de devenir une obsession. Il nous faut de longs instants d'effort avant d'atteindre cet homme seul, debout au bord de la route. La yourte qui se devine à 3km est sa maison. Ses yeux sont bleu clair, sa peau parcheminée est rougie par l'air et le soleil, et ses pommettes saillantes accentuent ses joues creusées. Il porte un costume trop large pour lui, d'immenses lunettes et un chapeau kirghize. A ses pieds, un sac en toile. L'homme attend un moyen de transport. Pas d'horaire. Voilà cinq heures qu'il se tient au bord de la route. Monter dans un camion de passage est une question de jours, parfois même de saison quand la neige s'invite. Si aucun véhicule ne se montre aujourd'hui, il reviendra demain attendre sans empressement sous le soleil brûlant, avec pour seuls compagnons le temps, l'immensité et ses pensées. Nous tuons avec lui quelques instants. A aucun moment l'impatience semble avoir la moindre emprise sur lui.

A quoi bon s'exaspérer ?

En France, un important retard de train entraîne dans les journaux une succesion de témoignages de frustration, de colère et de désespoir. C'est le chant égocentrique de ceux qui concoivent le monde qui les entoure comme tournant autour d'eux, au service du confort de leur existence. Qu'un rouage de la machine se bloque et leur impuissance leur devient insupportable. A l'inverse, le nomade kirghize trouve refuge dans l'humilité et accepte que l'ordre des choses lui dicte le déroulement de son existence. Dès lors, rien ne peut le contrarier, il n'y a pas d'attente qui puisse l'impatienter, ni d'égocentrisme qui puisse lui retirer la sagesse d'être heureux avec peu. De l'Himalaya au Pamir, il y a chez les peuples du toit du monde cette même force mentale faite de détachement face aux aléas de la vie"

Diagonale Eurasienne, à vélo de l'Australie à l'Europe - Benjamin VALVERDE.

La Paz

Petites news, j'ai pris un peu de retard sur le blog et je suis bien arrivé à La Paz (ils m'ont finalement laissé sortir !).
En attendant de revenir sur le magnifique tronçon Cusco-La Paz, je mets quelques petites vidéos dont un super bivouac avec Leigh, un anglais qui est depuis 6 ans sur les routes à vélo et que j'ai rencontré au milieu de nul part sur l'Altiplano.

J'ai retrouvé une copine de La Roche sur Foron à La Paz (c'était prévu), et nous partons dans une heure pour tenter de faire l'ascension du Huayna Potosi sur 3 jours (avec guide), ce qui pourrait être notre premier 6000 à tous les deux. Retour mercredi 17.



Cusco

C'est donc en ce dernier jour d'Octobre que j'ai finalement mis les pieds à Cusco. Après un long dernier col franchi avec brio en "truck surfing", je profite de cette dernière descente lorsque au gré des courbes asphaltées, la cité se dévoile.

Il est toujours très agréable de découvrir une ville par le haut, d'en saisir sa géographie, la manière dont elle épouse les courbes géologiques, sa façon de se lover sur les contreforts. Et cela permet de découvrir les quartiers périphériques avant de rentrer avec force dans les quartiers plus touristiques.




Car oui Cusco est une ville très touristique, la première du pays. Je vous ferai grâce de son passé historique avec les Incas, ceux que ça intéresse trouveront par eux-même les infos.

Mais je dois dire que lorsque je me pose sur la Plaza de Armas, je suis content de voir quelques têtes "familières", comprenez des "Occidentaux". Les t-shirts " I love NY" côtoient les sac à dos et casquettes de montagne, tandis que mes yeux ne peuvent que constater une forte concentration de mini-short dont la densité au mètre carré doit affoler les statistiques du ministère péruvien des moeurs et conduites. Ce n'est sans commune mesure avec tout le reste du pays, il faut dire que les péruviennes auraient un problème d'ordre physique à vouloir essayer de faire évoluer les chiffres.

Je loge dans une petite auberge "L'Estrellita", adresse bien connue des cyclistes et motards au long cours, sorte de QG où tout le monde se retrouve pour échanger les bons plans passés et à venir.



Il ne faudra pas longtemps avant que je ne fasse la connaissance de Pablo et Orlando deux argentins, d'un Autralien en solo, d'un Suisse (bûcheron et qui fait du ski de rando) qui me dit rejoindre sa copine par morceaux car elle fait Alaska-Ushuaïa et après 20 minutes de palabres s'apercevoir que je l'ai déjà rencontrée il y a 1500 km de ça à Huaraz. Il y a aussi un français et un australien à moto....bref pas mal de monde et ça fait bien plaisir.




Je prévois de rester 3 ou 4 jours à flâner et me reposer dans cette ville qui est fort agréable il faut bien le dire. De jolis petits quartiers aux facades blanches et aux escaliers interminables surplombant la ville en passant par les rues typiques aux étals bariolés et autres terrasses ensoleillées.

C'est en revenant à l'auberge un après-midi que je vois 2 vélos sur la place principale, et je ne peux qu'engager la conversation. Marianne et Damien sont belges, de Bruxelles et viennent de faire la même route que moi. Sans le savoir, nous avons roulé à 2ou 3jours d'écart.
Je leur montre le chemin vers l'auberge car ils avaient eux aussi prévu d'y aller.

Nous passerons 2 jours souvent ensemble à se remémorer de bons souvenirs de la Belgique où j'ai passé 5 ans pour les études, et comme il se trouve qu'ils connaissent assez bien les Alpes finalement le courant passe tout de suite.

Repas pâtes/bière, petits-déj dans la cour, atelier maintenance des vélos et petites visites de la ville.

En parlant de visites, je me dois d'écrire quelques lignes sur ma volonté de ne pas être allé au fameux Machu Pichu, ogre monumental, une des 7 merveilles du monde qui cristallise à lui-seul l'ensemble des conversations des personnes de passage à Cusco.

Avant toute chose, cet avis n'est que le mien et ne reflète en aucun cas une vérité, mais simplement mon ressenti.

Avant toute chose, il ne faudrait pas croire que l'aspect financier a été le seul élément qui a fait pencher la balance, mais je ne peux nier le fait qu'il ai grandement contribué.

Groso modo une visite standard de ce monument historique coûte dans les 200 euros par personne, même si nous le verrons plus tard il y a moyen de s'en tirer pour 120/140 euros. Ce n'est pas rien.
A ce prix là, j'estime que l'on commence à rentrer dans un budget sérieux et qu'il faut être vraiment motivé. C'est bien là que le bât blesse. Je ne l'étais absolument pas assez.

Il serait tellement mensonger d'affirmer que je suis un pasionné d'histoire, amoureux des civilisations antiques et de leur passé chargé de merveilles architecturales. Il n'en est rien. Je ne conteste en rien l'absolue magnificience du lieu et les prouesses techniques pour le réaliser, surtout dans le contexte de l'époque. Seulement moi, j'ai du mal à m'emballer pour ça.
Et je considère que c'est le plaisir qui doit me guider majoritairement, quitte à ne pas "faire" ce que beaucoup considèrent comme des incontournables.

Ainsi la véritable question à se poser ne serait-elle pas plutôt : Qu'est ce qui permet de définir un voyage épanouissant pour soi ? Mais aussi se doit-on de ne passer que par les "gros points chauds" de chaque pays en étant enfermés dans une sorte de corridor touristique bien établi ?
Mon passage au Pérou sera t-il invariablement raté car "quoi Julien tu étais à Cusco et tu n'as pas fait le MAchu Pichu ? Mais non enfin.... !"

Et puis, les centaines d'agences qui vous alpaguent dans la rue "Machu Pichu amigo", finissent de me convaincre. Je préfère être un vieux loup solitaire qu'un pigeon au collier doré.
Il est d'ailleurs surprenant de constater l'intérêt archéologique soudain de toute une frange de personnes, alors que bon nombre de sites sur la route étaient absolument déserts.
Alors, en vrai, combien de gens s'intéressent vraiment de très prés aux civilisations pré-colombiennes, hein, entre nous ?
(Mais bon...il faut bien pouvoir replacer lors des dîners moi j'ai fait la grande Muraille de Chine, moi j'ai fait le Taj Mahal...).
Il y a une sorte de Disneylandisation qui me donne le tournis. Comme si le monde était un parc d'attractions immense dont il fallait cocher des cases, pour pouvoir justifier du voyage que l'on a fait et cancaner en exhibant ses trophées de guerre.

Rien que le terme "faire" d'ailleurs m'hérisse un peu les poils. C'est se donner un rôle actif lorsque la plupart du temps cela consiste à monter dans un bus et à suivre un circuit touristique bien balisé et pré-mâché avec le reste du troupeau.

Je ne pourrais cependant pas en vouloir une seule seconde aux Péruviens de vouloir profiter de cette manne financière. Il est tellement facile de se poster aux bons postes et d'attendre le chaland pour le plumer. Mais ils ont bien raison ! Quand je vois que certains ont l'audace de réserver des chambres d'hôtels à plusieurs centaines de dollars la nuit au nez de ces pauvres gens, avec lesquels ils n'hésiteront pas le lendemain à négocier 2 soles (soit 50 centimes d'euro) le prix de leur transport ou de leur bouteille d'eau.

Sans compter que les Péruviens eux-même ne reçoivent pas forcément beaucoup de retours, car par exemple la société de chemin de fer (ce tronçon est le plus onéreux du monde) a été racheté et est exploitée par une société étrangère détenant notamment l'Orient Express.

Et le prix faramineux ! Mais puisque certains sont prêts à tout pour le mettre, allons-y gaiement...

Alors certes oui, si l'on marche 3km sur les mains, puis qu'on fait le tour de soi-même en sautant 4 fois, puis que l'on court 7km sur une poutre pendant 6 heures (à moins que ce ne soit des rails), avant de finir par faire la queue puis d'être entassés comme des sardines dans un combi bondé, on peut minimiser l'effet sur le porte-monnaie et économiser quelques dollars. Beaucoup aiment à trouver ce genre de combines de routards, ça en devient presque rigolo.

Je fais l'impasse sur l'impact écologique qu'implique la surexploitation du site à différents niveaux...

Alors voilà, même s'il faut bien reconnaître que la plupart du temps les gens ne s'agglutinent pas dans les endroits les plus moches, moi ça me gonfle un peu de faire comme tout le monde.
J'ai préféré laissé toute cette mascarade, filer et faire un pas de côté une fois de plus. Je suis sans doute le dernier des crétins je n'en doute pas, je me suis posé assez longuement la question à vrai dire. Mais je réalise que ce qui me nourrit finalement lorsque je suis sur mon vélo est la banalité du quotidien de l'endroit où je suis. J'y reviendrais, mais c'est comme pour les films. J'ai toujours préféré les petits films d'auteur aux blockbusters américains.

Tout ça ne remet pas en cause la légitimité et la beauté des trésors archéologiques du pays, mais ce n'est juste pas pour moi.